Après analyse par Euler Hermes d’un échantillon de 27.300 entreprises cotées dans le monde entier, le délai moyen de paiement (DSO, Days Sales Outstanding) est ressorti stable aux alentours de 64 jours depuis 2010. En revanche, le temps nécessaire pour obtenir le paiement des créances clients peut varier considérablement en fonction des entreprises, des pays et des secteurs.

Les pratiques de paiement sont très variables selon les pays

La Grèce, la Chine et l’Italie sont les pays où les entreprises attendent le plus longtemps avant d’être payées : 91, 88 et 88 jours respectivement en 2015. La Chine est aussi le pays le plus hétérogène en termes de pratiques de paiement, puisque le délai moyen de paiement y dépasse 131 jours pour 25% des entreprises. Les pays aux délais de paiement les plus courts sont l’Autriche, la Nouvelle Zélande et les Pays-Bas où ils atteignaient en moyenne de 44, 46 et 47 jours respectivement en 2015.

Un DSO moyen plus court pour les secteurs les plus orientés vers le consommateur final

L’électronique, les machines et les équipements, et enfin la construction sont les secteurs où les entreprises doivent attendre le plus longtemps avant d’être payées : en moyenne 89, 87 et 81 jours respectivement en 2015. Les deux premiers secteurs subissent leur position dans la chaîne d’approvisionnement puisqu’ils supportent l’ensemble des retards de paiement survenus en aval.

Le secteur de la construction témoigne d’une certaine hétérogénéité des pratiques de paiement : 25% des entreprises doivent attendre 113 jours ou plus avant de recouvrer leurs créances clients, tandis que 25% d’entre elles sont payées sous 40 jours ou moins. Cette hétérogénéité s’explique par la forte fragmentation du secteur.

En revanche, dans la distribution, le délai moyen de paiement était de 27 jours en 2015 et 25% des entreprises étaient payées sous 5 jours. D’autres secteurs orientés vers le consommateur final comme l’alimentation, les services aux particuliers ou les transports, affichent un délai moyen de paiement inférieur à 50 jours. Cependant, en raison de la diversité des activités de services, les pratiques de paiement dans ce secteur sont relativement hétérogènes et 25% des entreprises sont réglées à plus de 70 jours.

En 2015, une entreprise sur quatre dans le monde a été payée en 90 jours ou plus

25% des entreprises de l’échantillon ont dû attendre 90 jours ou plus avant d’être payées par leurs clients, tandis que 25% d’entre elles ont été réglées sous 31 jours au maximum. Les entreprises restantes de l’échantillon ont été payées dans un délai compris entre 1 et 3 mois.

Les délais de paiement s’allongent à nouveau en Chine et au Brésil

Derrière la stabilité du délai moyen de paiement à l’échelle mondiale, se cachent deux tendances différentes selon les pays quant à l’évolution des pratiques de paiement. En 2015, un fournisseur devait attendre en moyenne 68 jours avant d’être payé dans les marchés émergents, alors que le délai moyen était seulement de 59 jours dans les économies développées. Cinq ans auparavant, la différence entre groupes de pays était limitée à 4 jours. Nous estimons qu’en 2016 cet écart devrait atteindre 12 jours en raison du considérable allongement des délais en Chine et au Brésil.

En Chine, les entreprises devaient attendre 88 jours pour être payées en 2015, ce qui représente une variation de +5 jours par rapport à 2014 et de +20 jours par rapport à 2007. Selon nos estimations, le délai moyen de paiement devrait atteindre 92 jours en 2016, principalement en raison de deux facteurs clés : le ralentissement de l’économie chinoise, qui limite le chiffre d’affaires des entreprises et les pousse à retarder le paiement des factures et la trésorerie pléthorique accumulée par les entreprises cotées chinoises, qui leur offre une plus grande souplesse dans l’encaissement de leurs créances.

Au Brésil, le délai moyen de paiement est passé de 61 jours en 2014 à 64 jours en 2015, les entreprises souffrant de la désorganisation générale provoquée par le ralentissement économique. En 2016, la poursuite de la récession devrait encore allonger le délai moyen de paiement (+3 jours), lequel devrait atteindre son plus haut niveau depuis 2007.

Aux États-Unis, le délai moyen de paiement reste stable aux alentours de 50 jours, mais on distingue deux tendances sectorielles différentes

En 2016, le délai moyen de paiement des entreprises cotées aux États-Unis devrait se stabiliser autour de 50 jours : il était de 49 jours en 2015 et de 50 jours en 2014. Les pratiques de paiement sont relativement homogènes dans le pays, une entreprise sur deux étant payée dans un délai compris entre 24 et 65 jours. Néanmoins, cette stabilité cache deux dynamiques sectorielles opposées en 2015.

Les secteurs jugés à faible risque, comme l’industrie pharmaceutique et la chimie, ont assoupli leurs politiques de paiement et ont allongé de +4 jours leur DSO moyen. À l’inverse, le délai moyen de paiement a diminué de -4 jours dans les secteurs des métaux et de l’énergie (57 et 50 jours, respectivement), qui traversent une mauvaise passe au niveau économique.

Les entreprises européennes raccourcissent leurs délais de paiement mais les pratiques restent hétérogènes

En 2015, les entreprises d’Europe Occidentale devaient attendre en moyenne 60 jours avant de recouvrer leurs créances clients, c’est-à-dire -2 jours par rapport à 2014. La plus forte diminution a eu lieu en Grèce où le délai moyen de paiement est passé de 101 jours en 2014 à 91 jours en 2015 : les mesures d’austérité et les privatisations ont forcé les entreprises à durcir la gestion de leurs créances clients. En Norvège et au Royaume-Uni, le délai moyen de paiement a diminué de -3 jours, notamment en raison du durcissement des conditions de paiement dans le secteur de l’énergie. Le délai moyen de paiement a également fortement diminué en Espagne (-6 jours), en Suède (-3), en Italie (-3) et en France (-2) grâce au rebond de l’activité économique.

Euler Hermes prévoit qu’en 2016, les délais moyens de paiement continueront de diminuer, dans la mesure où les entreprises européennes devraient bénéficier d’une croissance accélérée de leur chiffre d’affaires, portée par la dynamique favorable du PIB (estimée à +1,6% 2016, après +1,5% en 2015). Dans la zone euro, la politique d’assouplissement quantitatif (QE) de la BCE encourage également les entreprises à raccourcir les délais de paiement, en facilitant l’accès au crédit.