La tendance au repli des défaillances d’entreprises reste de mise en Europe de l’Ouest et en Europe centrale et orientale (-4% et -1% respectivement en 2017), dans la lignée des prévisions économiques qui tablent sur une croissance modérée mais constante, et sur des conditions de financement accommodantes dans la zone euro.

Royaume-Uni : Les défaillances devraient augmenter de +5% avec les premiers effets retardés du Brexit

En 2017, le Royaume-Uni sera le seul grand pays européen à afficher une hausse notable (+ 5%) des faillites. Certes, les défaillances ont diminué de -3% en 2016, pour la cinquième année consécutive, car l’économie britannique a finalement bien résisté suite au vote en faveur du Brexit. Le renversement de tendance reste attendu. Il sera principalement attribuable aux conséquences du ralentissement économique (le PIB ne devrait progresser que de +1%) et à la dépréciation de la livre sterling (le taux de change effectif réel a diminué de 12% depuis le mois de juin), dont le corollaire est une hausse des prix des intrants et une contraction des marges. De plus, l’incertitude va peser sur les investissements, comme en témoignent les flux de capitaux et les opérations de fusions/acquisitions après le vote du Brexit (-50% en novembre 2016 par rapport à l’année précédente).

Allemagne : Renchérissement du coût des défaillances

Après la baisse de -2 % attendue en 2016 qui doit leur permettre d’atteindre un niveau historiquement bas (22 750 cas), les défaillances d’entreprises devraient se stabiliser autour de 23 000 cas en 2017. Cela mettra un terme à une tendance baissière de 7 années. Certes l’économie continue de croître à un rythme régulier, mais sans nouvelle accélération (nous anticipons une croissance du PIB de +1,7 % en 2017 et 2018) alors que les bénéfices des entreprises sont retombés sous leur moyenne de long terme. La baisse des marges, l’accélération du nombre de nouvelles entreprises et enfin le renchérissement du coût des faillites (26 milliards EUR sur douze mois à fin août 2016) vont se conjuguer pour accroître la pression sur les entreprises allemandes.

Italie : Recul de -5% des faillites

Les entreprises italiennes se redressent malgré la faible dynamique économique (+0,9 % en 2016 et +0,6 % en 2017). Le taux de marge des entreprises est remonté à 41,4 % sous l’impulsion de la baisse des prix de l’énergie et de conditions de financement favorables. La politique monétaire accommodante orchestrée par la BCE a conduit à une baisse significative des taux d’intérêt des prêts aux entreprises, et ce, même si les PME qui sont le pilier de l’économie italienne, continuent de se voir imposer des conditions plus strictes. L’amélioration de la rentabilité stimule les investissements des entreprises (+2,2 %sur les quatre derniers trimestres connus). Nous anticipons un recul des défaillances de -5 % en 2016 et en 2017 sur fond de résorption ordonnée des vulnérabilités dans le secteur bancaire. Cela étant, les entreprises italiennes restent exposées à une crise de confiance liée à l’instabilité politique persistante : le nombre de défaillances demeure 40 % supérieur à la moyenne enregistrée avant la crise.

France : Retour à 60 000 défaillances pour la première fois depuis 2011

En France, les défaillances d’entreprises ont baissé de -7% en 2016 et devraient reculer de -7% en 2017. Les marges des entreprises se sont améliorées depuis 2015 (+1,3% en 2016), idem pour les marges des entreprises (de 29,8% à fin 2013 à 31,5% au troisième trimestre 2016) qui ont été soutenues par des réductions d’impôts ciblées et de meilleures conditions de crédit notamment dans le secteur de la construction, où les défaillances ont diminué de 13% en 2016. Le nombre total de défaillances est cependant toujours 24% plus élevé que le niveau d’avant-crise et les disparités régionales et sectorielles subsistent. Les secteurs liés au tourisme (transports, hébergement) ne bénéficient pas pleinement des bonnes nouvelles (seulement -2,6% d’une année sur l’autre en 2016), notamment en Île- de-France.

Bilan défaillances France 2016

« En 2016, on dénombre près de 58.600 défaillances d’entreprises en France. C’est un volume qui demeure préoccupant, car il est de 24% supérieur au niveau constaté avant la crise de 2007 » explique Eric Lenoir, Président du Comité Exécutif d’Euler Hermes France… Lire la suite

Espagne : Une quatrième baisse à venir (-5% en 2017)

Après une hausse de +3,3% en 2016, la croissance du PIB espagnol devrait s’établir à +2,3% en 2017. La consommation privée ralentira légèrement (+2,4% en 2017 contre +3,1% en 2016), le recul du chômage marquant le pas en 2017 et les prix remontant. La nécessité de procéder à des ajustements budgétaires pour résorber le déficit de la sécurité sociale estimé à plus de 2 milliards EUR devrait conduire le gouvernement à augmenter les impôts sur les sociétés. Les défaillances devraient néanmoins continuer de diminuer, pour une raison purement statistique, quoiqu’à un rythme moins soutenu (-5% en 2017 contre -15% en 2016). En effet, le nombre de sociétés qui font faillite sur une année donnée en Espagne est encore 3,5 fois plus élevé qu’avant la crise.

Danemark : Des statistiques en dents de scie

Les défaillances ont augmenté de +60% en 2016, cette forte hausse est due à des raisons exceptionnelles. Tout d’abord, la hausse du taux de faillites enregistré pour une nouvelle forme d’entreprise (Iværksætterselskab) instaurée en 2014. Plus important encore, la résorption des retards accumulés par l’administration fiscale du fait de problèmes informatiques qui ont faussé les statistiques des deux/trois dernières années (avec des chiffres artificiellement bas). Le contre effet (à la baisse) devrait être visible dès 2017, avec un recul des faillites estimé à -19%.

Russie : Une nouvelle hausse des défaillances de +3% se profile

Après deux années de récession (-3,7% en 2015 et +0,6% en 2016), la Russie devrait enregistrer une légère croissance de +1 % malgré le maintien des sanctions. Cette amélioration est due à la timide hausse des prix du pétrole. Les entreprises vont bénéficier de conditions de financement plus favorables, grâce à un assouplissement de la politique monétaire et à la reprise de la demande intérieure. Après deux années de baisse prononcée, la consommation des ménages devrait croître de +1,5 %, tirée par le reflux de l’inflation, même si l’effet de base jouera un rôle important. Malgré ces signaux positifs, la reprise est trop faible pour inverser la tendance des défaillances, du moins à court terme. Nous estimons que les défaillances vont rester orientées à la hausse, quoiqu’à un rythme plus modéré (+7 % en 2016 et +3 % en 2017).

Pologne : Les défaillances devraient augmenter de +3% en 2017

En Pologne, la tendance à la baisse touche à sa fin : les défaillances vont augmenter de +5 % en 2016 et de +3 % en 2017. Ce renversement de la tendance est d’abord lié à la croissance du PIB qui s’essouffle (de +3,6 % en 2015 à +2,8 % en 2016), alors que la consommation est désormais le seul levier de croissance, avec le recul des investissements en 2016. Il s’explique aussi par les difficultés persistantes du secteur de la construction (qui trouvent leur source dans l’effondrement des investissements) et par les tensions déflationnistes (-0,8 % en 2016 et +0,5 % en 2017).