Loi Macron et actualité réglementaire : ce qui change pour le credit management

Le regard de Jérôme Mandrillon, Président d’honneur de l’AFDCC (Association Française Des Credit managers et Conseils) et directeur crédit client de Lafarge France sur l’actualité réglementaire.

L’information financière

L’une des mesures de la loi Macron permettra aux petites entreprises de ne pas publier leur compte de résultat1. Quel impact cela peut-il avoir sur votre métier ?
Cette mesure s’inscrit dans la logique de simplification administrative prévue par la directive européenne sur la publication des états financiers. Le premier volet, qui prévoyait que certaines micros et petites entreprises (TPE) ne rendent pas leurs comptes publics, a déjà eu un impact fort : 20 % des ent repr ises f rança ises ont demandé la conf ident ialité de leurs comptes 2014, selon une étude récente des greffes des tribunaux de commerce. Nous sommes face à un mouvement de fonds inéluctable et, en tant que credit managers, nous devrons faire notre métier avec un accès plus compliqué à l’information et moins de données chiffrées.
L’inquiétude est partagée par mes pairs, que je rencontre dans le cadre de mes missions pour l’AFDCC. Face à cela, nous devons nous adapter et revoir, notamment, nos matrices de scoring, développer surtout l’analyse des signaux faibles, qualifier l’information légale des greffes (qui devrait être mise à disposition gratuitement) et identifier de nouveaux facteurs d’appréciation comme l’historique de paiement. À ce titre, nos prestataires nous accompagnent face à ce changement en nous aidant, par exemple, à mieux intégrer à nos systèmes d’information l’historique de paiement et de recouvrement de nos clients. Les assureurs-crédit, qui auront toujours accès, eux, à ces informations bilancielles, pourront accompagner leurs assurés dans la prévention du risque. L’accès à cette information est très important, dans mon métier, au quotidien : celle-ci s’exprime au travers de reprises de garanties ou de positions plus restrictives. Nous sommes, par ailleurs, très attentifs aux technologies du big data, qui permettent de brasser, d’agréger et de valoriser des milliers d’informations. De nombreuses startups œuvrent déjà sur ce marché pour nous aider à capter les signaux faibles, et nous commençons à voir émerger de nouveaux systèmes d’information.

Le prêt entre entreprises

Quelles sont, d’après vous, les applications concrètes de cette mesure qui permettraient à certaines entreprises d’octroyer des prêts de moins de deux ans à des TPE, PME ou ETI avec lesquelles elles ont des liens économiques ?
Cette mesure présente, à mon sens, une réelle opportunité de financement des ventes en soutenant nos clients porteurs de nos produits dans certains de leurs projets de développement comme l’internationalisation. Ce peut aussi être l’occasion d’accompagner un fournisseur stratégique dans son programme de R&D afin que mon entreprise bénéficie de ses apports en nouvelles technologies. Cette possibilité représente, en effet, un facteur différenciant pour une entreprise au sein de sa filière. Les opportunités sont réelles, mais les conditions d’application doivent encore être définies par le législateur. Le credit manager aura tout son rôle à jouer pour apprécier la dimension risque sur de telles opérations – d’autant plus sur du moyen terme –, que ce soit pour un prêt à destination de clients ou pour des fournisseurs, car nous travaillons régulièrement avec les services achats dans l’identification et le choix de fournisseurs stratégiques.

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Les délais de paiement

Que pensez-vous des dernières nouveautés réglementaires en la matière ?
Les dernières mesures autour de la réduction des délais de paiement sont très positives en termes de communication et peuvent réellement conduire à une amélioration de la situation. Je pense au « Name and shame », de la DGCCRF, qui affiche en ligne sur son site le nom de certaines grandes entreprises « mauvais payeurs » et les sanctionne par des amendes allant jusqu’à 375 000 euros – un montant, d’ailleurs, revu à la hausse. Ces mesures ont interpellé un certain nombre de grandes entreprises et produisent déjà des effets. Je pense que cela va tendre à accélérer le développement de la dématérialisation et de la facturation électronique pour être en mesure de respecter les délais. À ce sujet, les grandes entreprises sont désormais tenues d’accepter les factures dématérialisées. L’AFDCC soutient, par ailleurs, la mise en place d’une « charte de la facturation » pour prévenir les retards de paiement afin que fournisseur et client s’entendent dès la contractualisation sur le format de la facture, les informations qui doivent y figurer et le traitement des litiges. Enfin, je me réjouis de la publication du décret sur l’attestation des commissaires aux comptes qui pourraient faire figurer sur le rapport annuel des entreprises leur analyse des délais de paiement.

1 Le décret d’application n’avait pas encore été publié lors de la rédaction de cet article.