Aucune entreprise n’est à l’abri du risque de fraude interne, quelle que soit sa taille, son activité ou sa localisation géographique. Mais bien peu sont celles qui acceptent de témoigner sur le sujet. La fraude interne serait-elle le dernier sujet tabou en entreprise ? Engendrerait-elle un sentiment de culpabilité́ chez les entreprises victimes dont les responsables craindraient un procès en naïveté, inorganisation voire… incompétence ?

Les multiples facettes de la fraude interne

D’après l’étude DFCG/Euler Hermes publiée en avril 2016, les fraudes internes représentent 18% des fraudes dont sont victimes les entreprises. On les définit généralement comme le détournement par un salarié des actifs ou des ressources de son employeur. Mais outre le vol, l’escroquerie ou l’abus de confiance, la fraude interne peut aussi prendre la forme de malveillance, de divulgation de secrets et d’autres actes illicites intentionnels. Autant de risques opérationnels dont les conséquences peuvent être très dommageables, voire fatales, à l’entreprise, « notamment en raison de leur durée et de la difficulté à les détecter », rappelait récemment Éric Lenoir, Président du comité exécutif d’Euler Hermes France.

Un coût financier, moral, et de réputation

La fraude interne engendre des impacts dévastateurs pour les entreprises :

  • Coût financier : près d’un tiers des fraudes ont coûté plus de 100.000 euros aux entreprises françaises, d’après l’étude PWC Global Economic Crime Survey publiée en mars 2015. Mais les pertes peuvent être bien supérieures.
  • Risque de réputation : la fraude génère une mauvaise publicité pour l’entreprise, impactant ainsi son image de marque. Ce qui explique largement qu’elle demeure souvent tue. Mais elle apparaîtra dans les pertes exceptionnelles… et il faudra bien l’avouer à son banquier.
  • Coup au moral des salariés : du sentiment d’avoir été trahis par un collègue qu’ils côtoyaient tous les jours, à la perte de confiance dans son employeur (ou dans sa propre hiérarchie) qui n’a pas su voir ou empêcher ses agissements, les salariés ne sortent pas indemnes d’une fraude interne.

Secrets de famille…

Qui a envie de passer pour un naïf ou, pire encore, pour un incompétent ? Car les fraudes internes sont symptomatiques de défaillances dans les systèmes de contrôle. Selon David Brault, d’Objectif Cash, « la meilleure réponse à la fraude interne, c’est les procédures, la séparation des tâches, la revue contradictoire ». Il n’est pas évident d’admettre que ces principes, pourtant bien connus, n’aient pas été correctement mis en œuvre ! On peut évoquer aussi la crainte de donner des mauvaises idées à d’autres. Mais faut-il pour autant préférer le silence ?

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Publiciser les sanctions

Dans une entreprise, tout finit toujours par se savoir. Alors si le fraudeur est démasqué, il doit être sanctionné et la sanction connue, sous peine que s’installe un regrettable sentiment d’impunité – et d’injustice. Toujours d’après l’étude PWC, en France, 86 % des fraudeurs ont été licenciés, et dans 61 % des cas ce licenciement s’est accompagné d’un dépôt de plainte au pénal. On ne peut que suivre la conclusion du cabinet d’audit : dès lors que le fraudeur potentiel se sent surveillé, par une procédure d’identification de transactions inhabituelles par exemple, et qu’il sait qu’in fine il sera sanctionné, le risque de fraude au sein de l’entreprise diminuera fortement.

Prévention, assurance : il reste du chemin à parcourir

L’étude DFCG/Euler Hermes soulignait en avril 2016 que dans 71 % des entreprises interrogées, il n’existe pas de fonction dédiée au pilotage de la lutte anti-fraude. Ainsi, à peine 30 % des entreprises ont mis en place ce type de pilotage à titre préventif, ou curatif une fois la fraude survenue). Près d’une entreprise sur deux (46 %) ne dispose d’aucun dispositif dédié à la lutte anti-fraude. 68 % des entreprises ne disposent pas de plan d’urgence à activer en cas de fraude, et 58 % ne connaissent pas les solutions d’assurance du risque de fraude.