En novembre 2018, le cabinet d’analystes Gartner a publié ses scénarios pour la Blockchain. L’un des premiers avantages de cette technologie que les entreprises devraient prendre en compte est qu’elle permet de réduire la fraude, assurent les analystes.

A l’image de l’intelligence artificielle, utilisée pour mieux détecter les fraudes par 21% des entreprises qui l’ont mise en œuvre, la Blockchain peut constituer une barrière face à la déferlante de cyber attaques menées par des groupes très organisés, très compétents et très imaginatifs.

Sécurité par construction

La principale caractéristique de la Blockchain est qu’il s’agit d’une technologie dont l’application n’est pas contrôlée par un organe central : toutes les informations et les flux circulent de façon décentralisée. « La Blockchain, c’est la confiance dématérialisée et infalsifiable. Les cas d’usages sont multiples, notamment pour certifier l’authenticité de produits », explique Michel Juvin, membre du Cesin (Club des Experts de la Sécurité de l’Information et Numérique.

Cette confiance dans la Blockchain tient à ses trois principales caractéristiques. D’abord, elle est distribuée, c’est-à-dire que chaque membre du réseau possède une copie de la base. Ensuite, elle est incorruptible dans la mesure où, une fois qu’une opération est traitée dans la base, elle ne peut pas être modifiée. Enfin, elle est autonome, puisqu’aucune autorité centrale ne joue le rôle de tiers de confiance. Elle repose sur l’application de la cryptographie (chiffrement des contenus, validation de l’identité des utilisateurs), dont il reste, à ce jour, très difficile de deviner les clés.

Ainsi, la Blockchain répond aux quatre exigences principales de tout dispositif de sécurité :

  • La disponibilité, c’est-à-dire la capacité d’un élément à être utilisé à tout moment avec les performances attendues,
  • L’intégrité, qui garantit qu’un document ou une donnée ne sont pas modifiés au cours de leur collecte, de leur traitement, de leur stockage et de leur restitution,
  • La confidentialité, qui garantit que seuls les utilisateurs habilités ont accès à l’information ou au document,
  • La traçabilité, pour être capable de vérifier à tout moment qui est intervenu sur un document, notamment pour sa lecture, sa reproduction, sa modification, son impression ou son archivage.

Un apport crucial dans la lutte contre la fraude et la contrefaçon

La Blockchain est bien adaptée à des problématiques de distribution d’informations ou d’objets. Par exemple, dans les chaînes logistiques, on peut inscrire dans une Blockchain chaque étape du processus de fabrication d’un produit, depuis sa production jusqu’à son lieu de vente, en passant par sa distribution. Même quand le nombre de parties prenantes est élevé, surtout pour les flux internationaux, la Blockchain permet de contrôler le processus de bout en bout. Un progrès vital pour des secteurs tels que le luxe, l’agro-alimentaire, l’automobile et la pharmacie, dans lesquels la contrefaçon est endémique.

Mais la Blockchain représente également un nouvel espoir pour lutter contre la fraude. Il y a de quoi faire : selon l’Economic Crime Survey 2018 publié par le cabinet de conseil PWC, une entreprise sur deux a été l’an passé victime de fraude, contre 36% en 2016. En tête arrivent les vols d’actifs (48%), devant le cybercrime (30%). PWC affirme que les pertes atteindraient dans le monde une cinquantaine de milliards de dollars par an pour les entreprises de l’agro-alimentaire, 160 milliards pour les biens électroniques et même près de 200 milliards pour le secteur le plus exposé, la pharmacie.

Un large champ d’application

Face ces enjeux financiers colossaux, la perspective qu’offre la Blockchain est très séduisante. Elle est déjà utilisée pour réduire les fraudes. Par exemple, par le transporteur maritime Maersk, pour garantir l’inviolabilité de ses conteneurs transportés sur ses bateaux et sur lesquels de nombreux intermédiaires interviennent (clients, transitaires, douanes, ports…). Dans l’agro-alimentaire, Carrefour a lancé, en mars 2018, la première Blockchain alimentaire d’Europe. Elle est appliquée à plusieurs filières animales et végétales comme les œufs, le fromage, le lait, l’orange, la tomate, le saumon et le steak haché. Le géant américain Wallmart a, lui aussi, lancé une initiative sur la Blockchain, pour garantir ses approvisionnements en porc chinois, avec l’intégration des identités de tous ses sous-traitants dans une Blockchain.

Dans le domaine du luxe – autre secteur largement touché par les fraudes, la start-up Everledger a ciblé l’industrie du diamant. L’idée est de construire un registre numérique qui recense les transactions diamantaires, avec comme objectif de rendre le marché du diamant plus transparent, des mines jusqu’aux joailliers. Si ceux-ci ne peuvent prouver la provenance de la marchandise, leur valeur diminue considérablement. Chaque diamant est associé à 40 caractéristiques (taille, couleur, pureté, poids en carat, lieu d’extraction…), qui forment autant de données à partir desquelles un numéro de série est créé et ajouté dans une Blockchain indépendante, qui n’est contrôlée par aucune entreprise ou organisation.

Dans la Finance, American Express travaille sur plusieurs projets basés sur la Blockchain pour protéger l’identité de ses clients et sécuriser les transactions émises avec ses cartes de crédit lors d’un paiement chez un commerçant. En France, le Crédit Mutuel Arkéa a lancé une initiative similaire, avec un prototype. « Ce pilote permet d’offrir une vue complète des documents des clients, grâce à notre réseau distribué », explique Frédéric Laurent, Directeur Général Adjoint en charge du pôle Innovation & Operations de Crédit Mutuel Arkéa. La Blockchain identifie et utilise toutes les preuves existantes valables déjà stockées dans les multiples référentiels du système d’information de la banque telles que celles issues des demandes de crédit, des souscriptions à une assurance-vie et des ouvertures de comptes bancaires.

Un R.O.I. à court, moyen et long terme

A la différence d’autres technologies dont la rentabilité reste difficile à mesurer, la Blockchain, dans un contexte de lutte contre la fraude, démontre un impact financier positif : à court terme, elle réduit le coût de la fraude. Les moyens que les entreprises doivent y consacrer augmentent régulièrement : selon l’étude PWC, quatre entreprises sur dix vont augmenter leurs budgets en 2019 dans ce domaine. A moyen terme, la Blockchain contribue à améliorer la trésorerie des entreprises et, à long terme, les consommateurs, qui reprennent confiance, achètent davantage. De quoi redonner de la vigueur aux courbes de chiffres d’affaires et de marge…

« L’avantage majeur est que cette technologie réduit considérablement le coût de la lutte contre la fraude qui détruit l’image des entreprises et, ainsi, améliore leur cash-flow », confirme Michel Juvin, du Cesin. A la clé : la création de valeur : selon Gartner, la valeur générée par la Blockchain dans l’économie mondiale atteindra 3.160 milliards de dollars en 2030, contre… 38 milliards en 2021.