La résistance des pays émergents à la crise de 2008-2009 ainsi que la progression de ces derniers dans la contribution à la croissance mondiale avaient presque occulté les risques intrinsèques de ces destinations. Pourtant, si les opportunités d’affaires renforcent leur attractivité, des tensions politiques ainsi que le ralentissement de la croissance chinoise et la politique moins accommodante de la Fed sont venus rappeler les fragilités et les déséquilibres de certaines économies émergentes. Elles imposent alors aux entreprises exportatrices une surveillance accrue de risques difficiles à anticiper car protéiformes et diversifiés. Décryptage de la situation actuelle avec deux experts d’Euler Hermes : Ludovic Subran, chef économiste, et Isabelle Girardet, directrice du département Transactional Cover.

Les pays émergents dans l’œil du cyclone

On constate la résurgence dans les émergents de risques politiques traditionnels. C’est le cas des risques de confiscation ou d’expropriation qui ont récemment frappé des pays comme la Libye, la Côte d’Ivoire ou l’Argentine. Lors de la nationalisation de la filiale du pétrolier espagnol Repsol, la présidente de l’Argentine avait alors affirmé : « Nous n’allons pas faire une nationalisation, mais une récupération », témoignant du caractère inopposable et soudain. Ce type de risque, indépendant aux deux parties d’un contrat, vient interrompre le bon déroulé de celui-ci et empêche le client de remplir ses obligations. « Il peut se traduire par une perte de valeur à l’actif du bilan de l’entreprise et par un manque à gagner lié à l’interruption d’activité. Nous pouvons couvrir ces deux aspects, afin de préserver le bilan et la trésorerie de l’entreprise », précise Isabelle Girardet. Ces risques englobent notamment l’état de guerre, les perturbations civiles, le terrorisme ou les embargos.

Un risque protéiforme

Ils peuvent aussi prendre des formes plus subtiles, telles que des changements réglementaires inopinés, l’annulation d’une licence ou des mesures discriminantes qui empêchent le fonctionnement normal de l’activité de l’entreprise exportatrice. « Cela peut paraître paradoxal dans un monde considéré comme plus ouvert, mais nous sommes devenus beaucoup plus dépendants. Le terrain est donc davantage fertile à la réapparition de risques politiques qu’on pensait disparus depuis la fin de la guerre froide », analyse Ludovic Subran. « Les grands émergents développent un certain protectionnisme industriel, notamment lié aux matières premières, mais aussi des velléités de contrôle régional fortes. De nombreux pays ont aussi restreint l’accès aux devises des importateurs en limitant la convertibilité ou en taxant les flux de capitaux étrangers. Ces mesures peuvent aussi consister à durcir la délivrance de licences d’importation, comme en Inde ou en Argentine. Le rôle de financier que joue la Chine dans le Sud-Est asiatique ou les événements géopolitiques graves en Ukraine et en Eurasie, terrain de prédilection de la Russie, démontrent, qu’il est bon de compléter sa boîte à outils. »

Focus sur le risque souverain

Les entreprises qui exportent vers les émergents seront aussi sensibles à la couverture du risque souverain. Il concerne les transactions commerciales avec des acheteurs publics, le plus souvent des ministères dans le cadre de grands projets mais aussi des entreprises semi-étatiques comme en Chine. Dans ce cas, une entreprise peut se couvrir en cas de résiliation unilatérale d’un contrat pour simple convenance (le « fait du Prince ») et de non-respect des obligations contractuelles de l’acheteur. « Nous assurons aussi le risque qu’un acheteur public refuse de certifier les étapes du contrat ou en cas de non-paiement des sommes dues aux échéances. Le plus souvent, ces couvertures concernent des biens d’équipement ou des services pour lesquels les coûts de fabrication sont considérables. Nous sommes alors sur des produits sur mesure comme la livraison d’une usine clé en main », complète Isabelle Girardet.

Quelques définitions

Risque politique & social

Risque de perturbation affectant le fonctionnement des entreprises résultant du contexte politique et des événements du pays d’accueil ou de l’environnement international. Il comprend les éléments suivants : restriction de transfert et de conversion, expropriation, violation de contrats, non-respect des obligations financières souveraines, terrorisme, guerre, perturbations civiles, autres changements réglementaires néfastes.

Risque économique & financier

Risque qui affecte les flux financiers. Il englobe les menaces relevant de la sphère économique ou des risques naturels

Risque de contrepartie

Risque pour le créancier de perdre définitivement sa créance même si le débiteur, après liquidation de ses avoirs, ne peut rembourser la totalité de ses engagements.

Risque pays

Risque complexe, évolutif et polymorphe qui se matérialise dans un contexte économique et politique d’un pays à risque. Il englobe l’ensemble des aléas qui peuvent affecter un investisseur industriel ou financier, un banquier, un commerçant, dans le traitement de son activité.

Risque souverain

Risque qu’un Etat fasse défaut de paiement sur sa dette à un instant donné, soit qu’il en soit incapable ou qu’il ne souhaite pas faire face à ses obligations.