L’Afrique présentera la deuxième plus forte croissance mondiale à l’horizon 2020, d’après le FMI. Après 30 ans de recul, les entreprises françaises semblent aujourd’hui décidées à s’y lancer, ou à y revenir. Un mouvement prometteur qui nécessite du discernement, du fait de la diversité des situations économiques et politiques, mais aussi d’une information économique parfois sujette à caution…

Après une décennie 2000 marquée par un développement rapide de l’économie du continent (4,9% en moyenne annuelle), la croissance africaine a connu un ralentissement sévère jusqu’à atteindre un petit 1,6% en 2016 d’après la Banque Mondiale. Raison principale : la chute des cours des matières premières, dont les exportateurs comme le Nigéria et l’Afrique du Sud, les deux locomotives de la région, ont lourdement souffert (croissance 2016 du Nigéria : -2,3%, de la République d’Afrique du Sud : +0,5%).

Pour autant, un quart des nations africaines sont parvenues à maintenir une bonne dynamique. L’Éthiopie, le Rwanda et la Tanzanie, par exemple, affichent toujours en moyenne des taux de croissance annuelle supérieurs à 6 %. Le Kenya, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, conservent également des taux de croissance élevés, d’après le rapport McKinsey Global Institute.

Malgré ses difficultés de financement, l’Afrique offre toujours un potentiel indéniable

Euler Hermes présente sa dernière analyse de l’économie africaine. Le leader mondial de l’assurance-crédit s’est concentré sur les trois principaux risques relatifs au continent africain : (i) le risque politique ; (ii) la question du prix des matières premières et des taux de change ; (iii) l’accroissement de la dette publique en raison de politiques budgétaires inappropriées… Lire la suite

« Malgré les défis qui restent à relever et les récentes pressions financières subies par les exportateurs de matières premières, le continent africain dispose d’un potentiel économique considérable », explique Stéphane Colliac, économiste chez Euler Hermes. « Le développement des entreprises africaines est une réalité. D’ailleurs, nous estimons que le PIB de l’Afrique croîtra de +2,6 % en 2017.»

Ce n’est donc pas un hasard si « nombre d’entreprises sont désireuses de travailler avec le continent, malgré un risque politique parfois élevé et un environnement des affaires souvent compliqué », comme le rappelle Erick Loock Hertzog, arbitre risques internationaux en charge de l’Afrique chez Euler Hermes.

Des opportunités dans de nombreux domaines

La première dimension du marché africain est sa très importante dynamique démographique : la population y atteindra 2,5 milliards d’habitants en 2050, contre 1,1 milliard aujourd’hui, selon l’ONU. Une population qui va continuer à s’urbaniser : on prévoit que d’ici 2045, 24 millions de personnes arriveront dans les villes chaque année… Les opportunités seront nombreuses, et notamment pour :

Les infrastructures

Il faut à cette population des logements et des routes, mais aussi des bureaux, des ponts, des ports, des réseaux d’électricité et d’eau potable…

L’industrie

Profondément affectée par la concurrence des produits bon marchés importés d’Asie venue s’ajouter à celle des marchandises d’occasion en provenance d’Europe, l’industrie africaine est l’ombre d’elle-même. Mais si les pays de la zone réussissent à améliorer l’environnement des entreprises, la production industrielle pourrait doubler d’ici 2025 (de 500 à 930 milliards de dollars, d’après la Banque Mondiale).

Les télécoms

L’Afrique est entrée dans la phase connectée sans passer par la mise en place d’un réseau filaire traditionnel. Résultat : 1 milliard de cartes SIM y sont en circulation. 40% des mobiles vendus aujourd’hui sont des Smartphones. Et 14% des Kenyans paient déjà sans contact !

La formation professionnelle

On estime à 33 millions les lycéens africains qui vont intégrer, chaque année d’ici 2015, un cycle de formation professionnelle.

De nombreux autres secteurs trouveront aussi matière à se développer sur le continent noir, profitant du développement d’une nouvelle classe moyenne curieuse de découvertes et à la recherche de produits sûrs.

Des risques à maîtriser

« Nous constatons depuis plusieurs années une hausse des demandes de garanties vers la région, notamment vers le Maghreb et l’Afrique francophone subsaharienne », commente Erick Loock Hertzog. Cependant la reconquête des marchés africains ne s’annonce pas exactement de tout repos.

Le risque pays varie dans de grandes proportions, tant les États sont loin de tous présenter la même situation politique et monétaire. Il s’agit là d’un paramètre à prendre en compte avant toute action de prospection commerciale, tant il peut potentiellement ruiner les efforts de l’exportateur…

Les défaillances d’entreprises sont attendues en hausse de +10 % sur le continent en 2017, à comparer avec l’Asie-Pacifique (+ 3 %), Amérique latine (+ 8 %) (prévisions Euler Hermes). L’accès à l’information financière y demeure compliqué : les entreprises n’ont généralement pas d’obligation de publication de leurs états financiers, et beaucoup de pays ne disposent pas de bases de données consolidées. La fiabilité des chiffres publiés est souvent sujette à caution, de même que leur certification. De plus, « il n’existe pas de tribunaux de commerce dans plusieurs pays, et le droit des procédures collectives est peu utilisé », précise l’analyste.

Accompagnement indispensable

Présentant à la fois de belles opportunités et des risques non négligeables, les échanges avec les pays africains exigent de disposer d’informations à jour, tant politiques que macro-économiques, micro-économiques ou monétaires. Seul un partenaire effectivement présent au plus près du terrain et disposant d’une équipe d’analystes dédiée aux risques pays peut apporter la sécurité nécessaire, mais aussi la vision préalable de la situation pour orienter la démarche commerciale vers des pays et des entreprises présentant un risque maîtrisable.

C’est l’engagement d’un grand assureur-crédit, capable de garantir les contrats et les factures et d’en assurer le recouvrement dans les meilleures conditions : « Euler Hermes compte près de 100 collaborateurs en Afrique (…). Nous contactons directement les sociétés africaines afin de collecter des informations et, au fil des années, notre base de données interne s’est enrichie tant en termes de données financières qu’en expérience de paiement », précise Erick Loock Hertzog.