Pourquoi le BTP manque-t-il de transparence ? D’où vient le problème ? Quelles peuvent en être les conséquences ? Comment y voir plus clair, et avec qui ?

Les marchés du bâtiment et des travaux publics offrent aujourd’hui de nouvelles opportunités, tant à leurs partenaires traditionnels qu’aux acteurs de la transformation numérique. Et qui peut refuser de travailler avec un secteur qui pèse près de 15% de l’économie française ? Pour autant, le BTP ne brille pas par sa transparence financière, et peut réserver des surprises à un fournisseur mal conseillé. Les raisons du phénomène et comment les enrayer.

Les raisons d’un manque de transparence

Une foule d’entreprises en tous genres

En dehors de quelques géants, le secteur se caractérise par une multitude de microsociétés. L’immense majorité des entreprises ont moins de 10 salariés, 40% des entrepreneurs sont des artisans. Beaucoup de ces petites activités ouvrent chaque année, et n’ont encore déposé aucun compte. Mais il y en a aussi beaucoup qui ferment…

Des structures essentiellement familiales

Dans le BTP, on rencontre bien peu d’entreprises cotées, ou d’investisseurs financiers. Même les ETI sont le plus souvent des structures familiales, ainsi Chausson dans le sud-ouest, Vicat, un des grands du béton français près de Lyon (5 milliards de CA monde), ou encore NGE (construction).

La nouvelle option de confidentialité des comptes

La structure du secteur fait que l’écrasante majorité de ses entreprises répond aux conditions de la loi Macron pour la confidentialité des comptes des TPE : il suffit de ne pas dépasser, au titre du dernier exercice clos, et sur une base annuelle, deux des trois seuils suivants :

  • Total bilan de 4 M€
  • Chiffre d’affaires net de 8 M€
  • 50 salariés

La disponibilité des comptes sociaux pour analyse financière n’est donc plus avérée.

Les cascades de sous-traitants

La sous-traitance fait partie du modèle économique du BTP, qu’il s’agisse de spécialités techniques ou d’un besoin de ressources supplémentaires en hommes et en matériel. La chaîne est souvent longue du donneur d’ordre à l’ultime sous-traitant ; les impayés tendent à se répercuter, jusqu’à provoquer des effets dominos de cessations de paiement… Un phénomène difficile à maîtriser.

Que faire pour y voir plus clair :

  • Commencer par s’assurer de l’identité exacte de l’entreprise à facturer !
  • Chercher les comptes : même si elle a opté pour la non publication de ses bilans, l’entreprise est tenue de les déposer dans les délais. Ces comptes sociaux sont accessibles à certains organismes financiers, dont les grands assureurs-crédit.
  • Ecouter le marché : ce que disent les clients, les fournisseurs, d’autres professionnels, par exemple. Une implantation locale, directe ou via un partenaire, est évidemment idéale.
  • Suivre les artisans dans la durée : bien souvent dans le BTP, « tant vaut l’homme, tant vaut l’affaire… »
  • Ne pas négliger les réseaux sociaux : la réputation d’un professionnel passe aujourd’hui aussi par là.
  • S’appuyer sur un assureur-crédit capable de s’engager sur la couverture d’un montant d’encours, y compris pour un nouveau client, permet évidemment de gagner beaucoup de temps. A condition que ce partenaire soit réactif, précis, moderne, et qu’il documente sa proposition afin de pouvoir la commenter en interne.

Quoi de commun entre un artisan électricien et une multinationale des travaux publics ? Pas grand-chose, sinon que chacun d’entre eux peut se révéler un client solvable… ou pas. Le BTP réclame une expertise financière autant qu’une culture du marché, toutes deux indispensables au moment d’accorder un encours raisonné à un client.