La finance d’entreprise accélère sa transformation. Libérée des tâches désormais largement robotisées, elle peut prendre la main sur la gouvernance des données au moment où leur exploitation devient créatrice de valeur. Mieux analyser, mieux prévoir, mieux décider : autant de gains tangibles… à protéger rigoureusement.

« Selon certaines études, la finance telle que pratiquée jusqu’ici aura disparu d’ici 2022. Ce bouleversement des directions financières trouve sa raison dans la conjugaison des forces de la digitalisation, de la robotisation, de l’hyper connexion et de la mondialisation des échanges. » Le décor est planté par les auteurs de l’étude IA, Big Data, robotisation : quels impacts pour la direction financière de la DFCG. Organiser la mise en valeur des données, leur protection et leur gestion, voici la nouvelle mission du DAF.

Transformer les données en valeur

Nul ne doute aujourd’hui de la valeur des données et de leur importance dans la valorisation d’une entreprise. Entre données produites, données intégrées et données partagées, le DAF se situe au cœur des échanges parce qu’il maîtrise les processus d’organisation et les flux d’informations utiles à la prise de décision. L’analyse qui précède cette dernière va s’appuyer sur des données financières, bien sûr, mais pouvoir aussi prendre en compte des dimensions sociétales, commerciales, environnementales et réglementaires.

Encore faut-il que ces données soient structurées pour en tirer le meilleur parti – les transformer en valeur tout en garantissant leur sécurité. La direction financière bénéficie d’une vraie légitimité dans ce domaine. Elle a en effet l’expérience de l’optimisation des processus d’agrégation de données internes et externes, afin d’en tirer des enseignements économiques.

Le Big Data, et son exploitation par l’Intelligence Artificielle et le Machine Learning, est porteur de deux clés pour toute décision : la comparaison et la prévision.

Pouvoir comparer

Le Big Data apporte une nouvelle dimension aux tableaux de bord issus de la Business Intelligence (B.I.) et des ERP. Une référence extérieure – indice, ratio, etc., fondée sur des données vérifiées, permet de savoir comment l’on se positionne sur un marché donné. Les grands éditeurs de solutions de gestion ont annoncé travailler sur la mise en commun des données anonymisées de leurs clients pour proposer par exemple, par secteur, par taille d’entreprise, ou par région :

  • Des indices de performance (à partir des bilans),
  • Des référentiels de charges, comme par exemple le poids des coûts immobiliers (à partir des comptes d’exploitation),
  • Le salaire moyen constaté pour tel type de poste dans tel secteur (à partir des bulletins de paie),
  • Un prix moyen horaire (ou une fourchette) pour telle prestation (à partir des factures)

Euler Hermes propose aussi aux dirigeants d’entreprises via son service Tradescore d’avoir accès gratuitement à la notation Euler Hermes de leur entreprise, mais également de comparer leurs performances financières vis à vis de leur secteur d’activité.

La liste des possibles reste ouverte, mais dans tous les cas ces comparaisons ont une grande valeur : elles peuvent aider à faire des économies ici, ou inciter à un effort ailleurs. Elles permettent de prendre des décisions en toute conscience de la réalité concurrentielle.

Pouvoir prévoir

Prévoir l’avenir constitue un objectif permanent pour tous les décideurs. Depuis l’oracle de Delphes jusqu’à la voyante de François Mitterrand , en passant par les astrologues des patrons chinois, tous cherchent à connaître avant l’heure – et avant les autres – de quoi demain sera fait. L’analyse prédictive apporte une solution plus rationnelle… et sans aucun doute plus sûre.

Ainsi la maintenance prédictive est déjà en place dans des usines : en associant données statistiques à grande échelle, écoute de signaux faibles et intelligence artificielle, elle permet de changer une pièce sur une chaîne de montage au moment juste – avant qu’elle ne cède, mais pas trop longtemps avant. Les économies induites peuvent être considérables.

Le marketing, la R&D, le commerce, les RH ont beaucoup à retirer de l’analyse prédictive. Comme par exemple d’attirer l’attention d’un Directeur Financier sur la probabilité qu’un de ses meilleurs clients le quitte prochainement… Autre exemple encore, cette fois en matière de crédit client : Euler Hermes utilise les conclusions des algorithmes prédictifs dans sa prise de décision sur l’encours accordé.

Protéger les données

Placé au cœur de la gouvernance des données, le DAF voit sa responsabilité renforcée, notamment en matière de sécurité. Or la valorisation des données a décuplé les convoitises du crime organisé.

Les fraudeurs ont compris eux-aussi que . Leurs ransomwares (cryptologiciels) prennent les données en otage (on ne peut plus y accéder) et proposent des libérer contre rançon. Un hacker peut tenter de les détruire – par pur vandalisme ou pour exécuter l’ordre d’un concurrent peu scrupuleux. Des données personnelles peuvent être volées et revendues sur le Darknet. Un maître-chanteur menacera de les publier sur l’internet public, mettant en danger sa réputation.

Les Pouvoirs Publics ont, eux-aussi, conféré une nouvelle valeur aux données, en tous cas aux données personnelles. Le RGPD impose aux entreprises des mesures et un process de protection des données, et menace les contrevenants de très lourdes amendes.

Assurer la protection des données constitue donc un élément fondamental de la nouvelle histoire qui s’ouvre pour les directions financières. Une collaboration étroite avec la DSI et la DRH s’impose.

Avec le développement de la robotisation, et l’arrivée opérationnelle du Big data et de l’intelligence artificielle, les fonctions du DAF se recentrent sur la gouvernance des données. Fort de son expérience dans la maîtrise de flux d’information et des processus d’organisation, le DAF a toute la légitimité pour devenir, dans un cadre éthique, leur promoteur et leur gardien.