Pas de bon risque sans bonne information : ce principe de base de tous les financiers est plus que jamais valable pour les entreprises. En accordant des délais de règlement à leur clientèle, ne portent-elles pas davantage de risque crédit à court terme que les banquiers eux-mêmes ? Reste à savoir si les éléments d’appréciation de ce risque sont à la hauteur du défi.

Les sources d’information financière sont abondantes. Des bases de données techniques et d’accès limité, voire réservées à un usage interne, coexistent avec des services en ligne ouverts à tous. Ces informations doivent être exactes – c’est généralement le cas, si elles s’appuient sur des comptes déposés au Greffe, mais elles doivent aussi être disponibles… quand on en a le plus besoin ! C’est-à-dire, généralement : tout de suite. Accélération des affaires oblige, la collecte et le traitement des informations ne doivent pas entraîner des retards de décision dans l’octroi de délais de paiement, sous peine de nuire à la démarche commerciale.

Une transparence très relative

L’absence de communication des documents comptables est devenue une pratique courante en France. A l’origine conséquence de difficultés, de nécessités concurrentielles ou de motifs stratégiques, ce comportement est loin d’être rare aujourd’hui. Certains observateurs estiment que 20 à 50% des dirigeants ne déposent pas leurs comptes ! Ces entreprises préfèrent payer l’amende correspondante (1.500 €, voire 3.000 € en cas de récidive, articles L232-21 et suivants du Code de commerce). D’autant que ces pénalités ne sont pas toujours appliquées…

Par ailleurs, depuis la loi du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (dite « loi Macron »), l’option de confidentialité des comptes est ouverte aux entreprises qui répondent aux caractéristiques suivantes :

  • CA < 8M€
  • Total du bilan < 4M€
  • Nombre de salariés employés au cours de l’exercice < 50

Un problème de fraîcheur

Le problème clé de l’information comptable classique tient dans le décalage temporel entre les faits et les chiffres. Les comptes annuels doivent faire l’objet d’un dépôt au greffe du Tribunal de Commerce dans le mois qui suit la tenue de l’assemblée générale d’approbation. Soit un délai de publication qui peut aller jusqu’à 7 mois à compter de la clôture de l’exercice ! Autant dire que dans l’intervalle le client ou le prospect aura pu rencontrer bien des soucis : un gros impayé, un renversement de tendance, la défection d’un associé ou d’un commercial important, des difficultés de production… Autant d’aléas qui ont pu changer sa capacité à honorer ses créances.

Eviter l’effet rétroviseur

Une analyse financière bien menée ne se limite pas, bien sûr, à une série de ratios tirés d’un examen plus ou moins approfondi et critique du compte de résultat, du bilan, de l’annexe et d’un tableau de flux ou de financement. Elle suppose aussi des comparaisons dans le temps et dans l’espace (le secteur d’activité), ainsi que l’étude des perspectives financières en fonction des caractéristiques de l’entreprise et de son environnement économique. En d’autres termes, l’analyse de l’Excédent brut d’exploitation (EBE) et le calcul du cash-flow réel sont toujours aussi fondamentaux, mais l’analyse ne trouvera tout son sens qu’en intégrant une dimension dynamique.

« Dans le monde des affaires, le rétroviseur est hélas toujours plus clair que le pare-brise », a coutume de dire le financier Warren Buffet. Une étude qui se contenterait d’aligner les chiffres passés de l’entreprise et à en extrapoler des taux de profit ou de croissance futurs ne peut pas satisfaire un professionnel. L’analyse économique vient compléter les données financières disponibles. Elle va tenter de déterminer les perspectives d’évolution de l’entreprise et leur incidence sur ses comptes prévisionnels pour vérifier la capacité future de règlement d’une créance.

Dans le monde des affaires, le rétroviseur est hélas toujours plus clair que le pare-brise.

Ce travail prédictif exige une connaissance de l’environnement économique général du pays de l’acheteur, du secteur d’activité considéré, de la place et du positionnement de l’entreprise dans son secteur, de ses projets, et de ses concurrents.

S’informer sur un marché étranger

Le sourçage des données comptables est encore plus complexe à l’étranger. La transparence n’est pas identique partout, et l’accès à l’information, pas forcément des plus faciles. Les règles de certification des comptes, et aussi la rigueur des intervenants, peuvent varier dans de grandes proportions. S’ajoute la nécessité de prendre en compte le risque pays, car même le meilleur client du monde ne pourra pas payer ses échéances s’il n’a plus accès au marché des devises, par exemple.

Un travail exigeant et chronophage

On l’a compris : non seulement il n’est pas toujours évident de disposer des bonnes données, à jour et au bon moment, mais encore on risque fort d’analyser le passé sans réelle vision d’avenir – même à court terme ! – en ne s’appuyant que sur les données comptables. Les demandeurs d’information financière, au premier rang desquels les PME, peuvent éprouver des difficultés à trouver et à évoluer les informations et leur valeur. Il s’agit là d’un travail exigeant, où une erreur d’appréciation pour cause de données incomplètes ou erronées peut coûter très cher…

Dépasser les limites de l’information comptable est indispensable pour bien juger de la capacité d’un débiteur à honorer ses engagements. Mais un travail d’analyse en profondeur exige une expertise et, surtout… une expertise disponible ! Les entreprises qui font appel à un assureur-crédit peuvent s’appuyer sur ce partenaire pour associer information comptable et information économique. L’assureur ne négligera rien pour connaître le niveau de solvabilité des débiteurs ; normal, puisqu’il s’engage à rembourser son client en cas d’impayé !