Premier secteur industriel français avec un chiffre d’affaires de 171 milliards d’euros, présentant une balance commerciale excédentaire depuis 15 ans, l’agroalimentaire demeure une fierté française. Il est pourtant confronté à de nombreux dangers, pour son existence et son avenir, dans une conjoncture bien incertaine. Nous avons listé les grands facteurs de risque du secteur agroalimentaire français en 2017.

Rentabilité et solvabilité

En novembre 2015, le Baromètre Investissements et Trésorerie Euler Hermes, réalisé auprès de plus de 800 entreprises françaises, revenait sur la rentabilité du secteur agroalimentaire en ces termes : « Le taux de marge moyen a perdu 6 points en 10 ans pour atteindre 42% en 2015, et se stabilisera en 2016. Nous avons constaté un glissement de la valeur ajoutée le long de la chaîne de valeur, au détriment de l’agriculture, de l’élevage et de la transformation. » L’étude anticipait un repli des défaillances de -1% en 2015 et -3% en 2016.

Les géants de la distribution sont de bonnes signatures – même s’il peut arriver qu’un de leurs franchisés, par exemple, fasse faillite. Chaque année des supermarchés déposent leur bilan, y compris dans les grandes enseignes. Mais des situations compliquées peuvent arriver aussi chez les industriels… comme tout récemment avec la Financière Turenne Lafayette. « Le secteur est moins sinistré que d’autres, mais présente des écarts notables, commente Alain Estrade, responsable de la branche d’arbitrage agroalimentaire à la direction des engagements d’Euler Hermes. Actuellement, ceux qui souffrent le plus sont aux extrémités des filières : les agriculteurs et les petits détaillants ».

Volatilité des cours et puissance de la distribution

La volatilité des prix matières et la pression sur les marges sont les deux principaux facteurs qui freinent l’investissement de l’industrie agroalimentaire française, rappelait le Baromètre Investissements et Trésorerie Euler Hermes. Les cours des matières premières sont devenus mondiaux : ainsi ceux des céréales, par exemple, ont-ils baissé malgré des récoltes françaises médiocres en 2016 ; la charcuterie connait un prix des pièces de découpe en hausse de 18% depuis mai 2016 alors qu’elles représentent en moyenne 54% du coût des matières premières employées…

L’essentiel de ce qu’il y a dans nos assiettes est vendu en grande distribution. alimentaire

Quant à elle, la puissance de négociation des grands acheteurs est considérable. « Un industriel n’a aujourd’hui que cinq ou six acheteurs en face de lui », résume Alain Estrade. De fait, les dernières années ont été marquées par la poursuite de la concentration de la distribution alimentaire : Auchan et Système U, Casino et Intermarché, Carrefour et Cora/Match. Alidis, le premier groupement d’achats européen, brasse aujourd’hui 140 Milliards d’euros. La concentration est également en marche dans la restauration hors foyer et le food service (par exemple reprise récente de Davigel et Brake France par l’américain Sysco.)

Les changements alimentaires

Les comportements alimentaires changent. Moins de viande, moins de sel, moins d’additifs, plus de nature, plus de bio, plus de vrai. Ces modifications structurelles des habitudes du consommateur français impliquent pour le secteur la nécessité absolue d’innover, dans et hors les limites de leur savoir-faire.

« Ne pas s’inscrire dans les tendances du marché constitue toujours un risque stratégique », rappelle Alain Estrade. Ces changements peuvent générer de belles réussites, comme ce fut le cas dans le snacking par exemple, mais aussi des échecs pour les entreprises qui n’en ont pas tiré les conséquences.

Les risques spécifiques aux filières

Chaque filière a des risques qui lui sont propres. Ils peuvent être de nature économique, sanitaire ou environnementale. Sur le segment des abattoirs par exemple, le risque tient à l’existence de capacités trop importantes alors que le cheptel diminue. Il peut tenir à la baisse des prix de la viande bovine. A une pandémie qui menace les canards du Sud-Ouest. Ou encore à l’utilisation d’une viande inappropriée dans des plats préparés…

L’export, un passage obligé qui n’est pas sans danger

Le risque pays existe aussi pour l’agroalimentaire, comme l’a montré depuis 2014 l’embargo russe sur les produits carnés et laitiers. Le retour du protectionnisme peut être particulièrement sensible – et brutal – sur des produits soumis à des législations sanitaires. Il faut savoir prendre en compte ce risque pays.

Le blocage des paiements est également un risque à ne pas négliger : certains pays en difficulté pourraient être amenés à bloquer les sorties de devises en raison de réserves insuffisantes.

Le troisième risque est le risque crédit proprement dit. Dans l’agroalimentaire, on connaît généralement ses clients, souvent depuis très longtemps. La régularité des rencontres et la chronique du marché alimentent la veille. A l’export, c’est différent. Il nécessite une approche sélective de ses futurs clients ainsi qu’une procédure solide de vérification de la solvabilité des créanciers, avant d’attribuer un plafond d’encours adapté. Et de disposer sur place d’une force de recouvrement efficace et introduite. On pense naturellement à l’assurance-crédit.

Fraudes et cyberfraudes : l’agroalimentaire aussi

Le secteur n’échappe pas au développement vertigineux de la fraude et de la cyber-fraude. 93% des entreprises françaises ont subi au moins une tentative de fraude lors des 12 derniers mois, contre 77% l’année précédente. 20% d’entre elles ont même subi plus de 10 tentatives de fraude… Le danger n’a jamais été aussi élevé. Il est plus important encore quand se multiplient les échanges internationaux.