Quelle place la communication tient-elle dans l’agenda du DAF d’une entreprise en pleine croissance ? Comment faciliter l’accès à l’information ? Comment agir en pédagogue ? Le point de vue d’Anne-Laure Mérillou, DAF et DRH de Valade en Corrèze, animatrice de la DFCG Limousin.

Spécialiste de la transformation du fruit, Valade est un groupe agroalimentaire en croissance. Son siège se trouve à Lubersac, en Corrèze, où il a été constitué en 1892. Valade produit et commercialise des compotes et des confitures sous ses propres marques ou en marque blanche auprès des GMS (Grandes et Moyennes Surfaces) et de la RHF (Restauration Hors Foyer).

Cette entreprise, qui a fait l’objet d’un LBO en 2010, connait un rapide développement. Anne-Laure Mérillou, DAF et DRH de la société, résume : « La société a bien grandi depuis mon arrivée en 2004 ! Le chiffre d’affaires a été multiplié par 2,5, les effectifs (270 personnes aujourd’hui) ont pratiquement doublé, nous avons racheté deux entreprises, et nous exportons sur les cinq continents. » Un exemple à suivre ! Mais quels sont les nouveaux défis pour son DAF ?

Rester au plus près de l’exploitation

La transformation du fruit est une activité saisonnière : avec des produits frais, en période chaude, tout doit aller très vite pour produire les confitures et les compotes. Une question d’organisation et de production, certes, mais aussi un impact clair sur le BFR, qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu.

Du bureau d’Anne-Laure Mérillou à l’entrepôt, il n’y a que 30 mètres.

« Un DAF doit avoir l’esprit RH, et beaucoup communiquer », reprend la directrice de Valade. L’échange est indispensable pour accélérer le processus décisionnel : pour impliquer, il faut expliquer. » La proximité à l’exploitation facilite la circulation de l’information – qui devient ainsi accessible à tous. Je suis DAF et DRH, je fais donc passer des messages aussi bien de haut en bas que de bas en hautq » précise-t-elle.

Faire adhérer tout le monde aux projets

Aujourd’hui les financiers ne sont plus isolés dans l’entreprise, mais ils se situent au centre du processus. C’est la raison pour laquelle ils doivent s’adresser à tous.

A commencer par les dirigeants dont il faut conquérir l’oreille ! « Je compte sur les membres du Comex pour que, une fois sensibilisés à un message, ils s’en fassent le relais auprès de leurs collaborateurs. » Comment mieux les y motiver encore ? Par le contact régulier bien sûr, mais aussi via des initiatives innovantes. Valade participe ainsi à la première promotion de l’opération de la BPI : Accélérateurs de croissance.

Anne-Laure Mérillou compte aussi sur l’équipe de contrôleurs de gestion qu’elle a mise en place pour aller porter la bonne parole, cette fois au cœur des services. Et pour favoriser l’échange direct entre les sites (Drôme, Corrèze), elle a mis en place une journée mensuelle de rencontre entre les deux équipes.

Cultiver l’art de la répétition

Facilitateur, le DAF n’en reste pas moins aussi un formateur. Et comme tout pédagogue il sait que certains messages sont plus difficiles à faire passer que d’autres. Parmi les bonnes pratiques : cadrer la nouveauté dans sa perspective, établir des procédures stables, être clair.

Mais la répétition demeure une absolue nécessité ! C’est vrai vis-à-vis du Comex, et c’est vrai aussi avec le CE : « avec tout le monde, il faut beaucoup répéter, expliquer, partager, en particulier quant à la raison d’un changement ». Diffuser le même message à la même personne par plusieurs canaux permet d’éviter la lassitude… et d’améliorer son assimilation.

Aller au contact avec ses pairs

Et comme tout bon pédagogue, à nouveau, il ne faut jamais cesser d’apprendre. Pour y parvenir : se réserver des plages de veille – rien que sur la réglementation, la RGPD, le Prélèvement à la source, etc., il y a de quoi faire. Mais l’échange avec d’autres professionnels venus d’autres sociétés apporte des dimensions bien supérieures.

« Le réseau externe permet de gagner du temps et de l’efficacité, et c’est très important dans une ETI, reprend Anne-Laure Mérillou. Plus encore en Corrèze ! C’est l’occasion d’échanger des noms de prestataires, de contacts, et d’apprendre les uns des autres. Par exemple sur une question portant sur un salarié. Ou sur le degré d’avancement des uns et des autres dans les grands chantiers du moment, et comment ils se sont organisés. Le réseau offre l’opportunité de se benchmarker ! »

Apporter l’information utile

Tout le monde a besoin d’information, disponible, rapide, pertinente. La transformation numérique apporte des outils pour la produire sous une forme adaptée à chaque usage. Comme en témoigne la DAF : « Hier, un commercial a demandé un Top-Flop de ses ventes à son contrôleur de gestion. Nous l’avons développé, et ce matin il était à sa disposition. Nous lui avons apporté l’outil d’aide à la décision qui lui manquait. La finance collabore, on n’est plus seuls dans notre coin ».

Former aux risques de cyberfraude

« Nous avions déjà vu toutes sortes de tentatives de fraudes : au président, au changement de RIB fournisseur, etc. L’autre jour j’ai appris que quelqu’un s’était présenté au téléphone comme officier d’un service de police spécialisé… qui n’existe pas ! Mais quand nous avons subi une attaque par ransomware en 2017, nous avons lancé une importante campagne de sensibilisation interne, organisée et présentée par un expert externe pour gagner en attention. Il faut être régulier dans l’information : le sujet doit être récurrent dans les réunions d’équipe, comme du Comex. »

Après une première expérience d’auditrice financière pendant 5 ans au sein de KPMG, Anne-Laure Mérillou a rejoint le groupe Valade en 2004 en tant que Directrice Administrative et Financière et Directrice des Ressources Humaines. Lauréate du Trophée Finance & Gestion Aquitaine 2014 par la DFCG, elle en anime aujourd’hui le réseau en Limousin.