Comment sont attribuées les notes de solvabilité des entreprises ? A quoi correspond la notation obtenue ? Quel est l’intérêt d’un tel indicateur ? Petite revue du scoring.

« Contrairement au bilan qui est une photographie de la situation financière d’une entreprise à un instant t, la notation correspond à une analyse plus dynamique, et donne aux assurés la capacité d’appréhender l’évolution à court terme de la santé financière de leurs clients. La notation permet ainsi d’estimer plus précisément le risque d’impayé. » Pour Gilles Paillard, Délégué Général Sud Est chez Euler Hermes France, la notation va bien plus loin que l’analyse des ratios classiques.

Dans notre monde ultra-connecté, la plupart des décisions doivent être prises très rapidement. Il n’en va pas autrement pour les décisions d’attribuer un en-cours à un client ou un prospect ou adapter les délais de paiement accordés. Pour décider, le DAF a besoin de données fiables, précises, mais aussi pratiques, et… synthétique ! Dans le but aussi de partager avec les autres services concernés, à commencer par la direction commerciale, l’idéal est de disposer d’un indicateur gradué, d’un scoring.

Dépasser les apparences

Les limites des ratios fondés sur l’information bilancielle disponible sont connues, à commencer par l’âge des chiffres eux-mêmes, suite aux délais de remise des bilans comptables et de publication. Ces indicateurs ne relèvent pas les situations transitoires qui peuvent expliquer certains chiffres, et donnent une vision sur le court terme parfois déjà dépassée. D’où l’intérêt majeur de collecter d’autres informations en vue de calculer une véritablenotation.

Ce travail, Audrey et Virginie, analystes-crédit chez Euler Hermes à la Délégation de Paris, le décrivent ainsi : « Notre métier est d’étudier les clients de nos assurés dans le but de leur attribuer une note de solvabilité que nous appelons la notation. Ce travail consiste d’abord à collecter et analyser leurs comptes sociaux et consolidés, et également à recueillir des données moins structurées, tout aussi utiles à notre compréhension : l’organigramme actualisé, l’historique de l’entreprise et de ses managers, la nature de l’actionnariat, la typologie des clients et des fournisseurs… Nous calculons naturellement les ratios financiers classiques. Mais nous sommes aussi un peu des enquêtrices ! »

Construire une vision concrète de l’entreprise

Un grand assureur crédit collecte des informations économiques, financières, juridiques et stratégiques sur chaque entreprise au travers de son accès aux bases de données (pour toutes les entreprises, y compris celles qui sont exemptées de l’obligation de publication), mais également grâce à son implantation, régionale et internationale. Elle lui permet d’aller chercher les données au plus près du terrain, et d’entretenir des relations privilégiées avec des relais d’information tels que les chambres de commerces et d’industrie, les syndicats professionnels ou les décideurs économiques locaux, ce qui garantit une notation plus fine.

« Chaque fois que possible, nous rencontrons le dirigeant ou le DAF, sur place ou à distance, témoignent Audrey et Virginie. Au travers d’un entretien, nous pouvons retirer une vision plus concrète de l’entreprise, au plus près de ses réalités d’aujourd’hui et de ses objectifs pour demain (ses carnet de commande ou prévisionnel de trésorerie par exemple). Nous nous intéressons par exemple à leur accompagnement bancaire – un point toujours important quand la société se situe dans une perspective de croissance. »

Une note de 1 à 10

L’analyse de ces données et leur traitement par de puissants algorithmes permet d’établir un score de 1 (risque faible) à 10 (risque élevé) de probabilité de défaut, en se basant sur quatre dimensions de l’entreprise :

  1. sa structure financière et sa liquidité,
  2. sa structure actionnariale et sa stratégie,
  3. son activité et sa rentabilité,
  4. sa capacité à payer sa dette et à financer ses investissements.

D’autres critères de pondération interviennent comme les impayés, les contentieux, l’âge et forme juridique de l’entreprise, la concentration du portefeuille clients, la dépendance vis-à-vis d’un client ou d’un fournisseur, etc.

Retrouvez la grille détaillée des 10 niveaux de risque de défaut dans notre eBook « L’information, clé de la performance financière et commerciale » à télécharger ici.

Le cas particulier de l’international

Selon le baromètre export 2018 d’Euler Hermes, 47% des entreprises estiment que le manque d’informations sur les entreprises clientes constitue un frein à l’exportation. En effet, à l’international, les choses sont encore souvent bien plus compliquées – y compris dans des pays voisins.

A la difficulté de collecte et d’interprétation des informations financières s’ajoute le risque spécifique à chaque pays, lié à l’environnement des affaires, à la situation politique, aux enjeux géostratégiques… Un risque qui peut avoir un impact sur le paiement d’une créance, même si la solvabilité du client n’est pas en cause.

Euler Hermes étudie en permanence la situation de 241 pays et attribue à chacun une note, là-aussi synthétique, qui permet une lecture claire et immédiate du niveau de risque qui lui est propre. Une indication qui sera utilement croisée avec celle que délivre le scoring individuel des entreprises !

Pratique d’utilisation, simple à expliquer en interne, le score offre à une vision synthétique de la situation à court terme d’une entreprise cliente (ou d’un fournisseur), et permet ainsi une prise de décision plus rapide et plus sûre.